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Le Hingrat Villion
Monique LE HINGRAT-VILLION
Née en 1944
Vit et travaille à Cudot (89)

    « D’aussi loin que je me souvienne, mon enfance a été bercée par le mouvement de la vie… autour de la mort. Nous étions des enfants des « Pompes » (Funèbres) ; tâche exercée avec ferveur et fierté par mon père. Ordonnateur. J’ai vécu dans les fastes mortuaires.
    Spectacle merveilleux des voitures à chevaux empanachés de noir et argent. Couronnes de fleurs fraîches. Tentures théâtrales dressées pour les voyages vers la lumière. Symboles chrétiens, ex-votos, éléments végétaux, portraits de famille et culte des souvenirs seront le lot de mon quotidien. Repères dressés pour préserver et projeter le passé vers le futur dans une immortalité lumineuse…
    Très tôt me vint l’idée, confuse encore, d’offrir une vie éternelle aux rebuts dérisoires ; je construisais avec ceux-ci mon monde de joie et de magie.
    Et au fil des jours je me suis appliquée à faire renaître le passé de ses cendres. C’est un bonheur dont je ne me lasse pas ! J’ai le désir profond de renouer les liens avec les ancêtres à travers les vestiges de leur vie, de juxtaposer leurs reliques disparates afin de faire surgir de mon monde intime un chemin vers la lumière. »
Mleh

    Elle est conviviale, gaie, rieuse même. Néanmoins, à considérer son œuvre, il semble que Monique Le Hingrat-Villion porte en ses gênes les dramatiques réminiscences d’une enfance passée à côtoyer la mort, fût-elle liée au décorum des Pompes Funèbres. Qu’elle conserve la mémoire des ses nuits cauchemardesques : de ses peurs niées par bravade mais jamais vraiment vaincues, lorsque avec d’autres enfants elle jouait à cache-cache, au clair de lune, entre les tombes… Les décennies aidant, les souvenirs se sont faits imprécis, l’acuité des angoisses s’est estompée, leur récurrence amoindrie… Subsiste néanmoins la rémanence de ce temps où lui pesaient si fort la théâtralité de l’envoi vers l’Au-delà et le sentiment du tragique de la Destinée. Avec lesquels il lui faut continuer à vivre… Même si le noir intense de la mort s’est mué en bleu.
    Car le bleu est la couleur de Monique Le Hingrat-Villion. Les bleus, plutôt, auxquels elle est « obligée » de revenir d’œuvre en œuvre. Telle une fatalité à laquelle elle ne peut résister, quelle que soit son idée de départ, sous peine de ne jamais parvenir intellectuellement « au terme » du tableau !
    Parallèlement, a disparu le faste des monuments qui devaient apparaître à l’enfant immenses et effrayants. Ils sont devenus chapelles à l’échelle humaine, arcades branlantes auxquelles s’agrippent quelques plantes rudérales, châteaux en ruines, grottes fantasmatiques, etc.… Des « restes » de splendeurs anciennes, abandonnés nul ne sait quand, ni pourquoi ?...
    Néanmoins ces sites sont habités. Qui sont ces créatures dépourvues de membres : s’appuyant, de temps à autre, sur des ailes ? Aux visages figurés par de simples ovales entourés d’une auréole ? Aux corps à peine esquissés, désincarnés, réduits à leur ultime enveloppe, épiderme ou suaire ? Paradoxalement, dans l’esprit de Monique Le Hingrat-Villion, rien de religieux ne vient hanter ces lieux ; et ces êtres ne sont pas des anges ; même si, dans ces ambiances chargées de mysticisme, ils seraient parfaitement chez eux ! Alors, pourrait-il s’agir de tous les morts de naguère dont le défilé dans le funérarium paternel perturba si fort ses jeunes années ? Et qui, grâce à son pinceau, parviendraient à des limbes où elle les déposerait, afin qu’elle puisse, enfin, trouver la paix ? Sont-ils « des gens » tout simplement ? Devinés plutôt que vus. Évanescents. »
    Jeanine RIVAIS