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Marilena PELOSI

Née en 1957 à Rio de Janeiro au Brésil.
Vit et travaille à Gauville la Campagne (27).

    Marilena Pelosi a grandi au Brésil. A l’âge de 16 ans, elle tombe gravement malade et c’est durant sa convalescence qu’elle commence à dessiner. Enfant unique et solitaire élevée dans un milieu très catholique avant que ses parents ne se convertissent au culte Vaudou. A 20 ans, elle fuit vers l’Europe, l’Inde et finalement s’installe en France. Les dessins et les peintures qu’elle réalise depuis les années 90 forment une synthèse, à la fois autobiographique et symbolique : réminiscence de transes vaudous, de processions eucharistiques, de carnavals endiablés, le tout mêlé à des évocations plus intimes.

    L’exemption de culture-longtemps considérée comme une condition sine qua non de l’art brut- ne fait désormais plus partie de sa critériologie. En revanche, que cette culture, populaire ou savante, se retrouve comme transgressée, transfigurée est presque une constante dans les créations brutes. L’art de Marilena Pelosi en est le parfait exemple : le catholicisme exubérant et la macumba fiévreuse de son Brésil natal y tournoient jusqu’au délire. Les réminiscences de transes, de processions eucharistiques, de carnavals endiablés sont inextricablement mêlées à des évocations bien plus intimes : l’enfance recluse, la fuite d’un mariage forcé avec un prêtre macumba, puis les années d’errance à travers le monde. D’un trait sobre, sans artifice, Marilena fait jaillir une cruelle féerie emplie de symboles dans laquelle le sens se dérobe, défie la raison, la sienne en premier, même si, admet-elle « ce sont les gens normaux qui deviennent fous. Mais comme je ne l’ai jamais été, je ne risque rien. »
    Christian Berst – Galerie Objet trouvé

    Quand on lui décrit un de ses dessins au téléphone, Marilena Pelosi en a la chair de poule. Et il est vrai qu’à première vue, avec ses femmes nues en catalepsie, ses anges bourreaux et ses « hommes mutés », survolés de bataillons d’abeilles à têtes humaines dans d’étranges laboratoires où des initiées, aux corps transpercés de toutes parts, semblent soumises aux rituels les plus pervers, son art, immédiatement reconnaissable, évoquerait plutôt quelque séance de torture sadomasochiste ou la sexualité déviante d’obscures cérémonies d’envoûtement. À dessiner pourtant ces scènes si énigmatiques et dérangeantes, Marilena éprouve un plaisir proche de l’extase. Vous y décelez de la souffrance ? Elle rit de bon cœur : pas du tout ! Mais cette pluie de gouttes de sang ? Ce n’est pas du sang, juste un liquide rouge quelconque. Quant aux abeilles « ça peut être par exemple un bourdonnement ». « C’est que le dessin, dit-elle, est d’une facture naïve, assez enfantine, parce que je ne sais pas dessiner, et ça aide beaucoup. »
    Dans sa jeunesse au Brésil, passionnée de surréalisme, Marilena aurait bien voulu faire les Beaux-arts, mais, comme elle dit : « heureusement que je n’y suis pas allée, peut-être qu’on m’aurait appris à dessiner correctement. » Du coup elle a pu inventer son propre code et sa façon personnelle de dessiner, une écriture symbolique qui la rapproche des auteurs de l’art brut, surtout des dessinateurs médiumniques, la seule famille artistique avec laquelle elle se sente vraiment en affinité. Car quand Marilena se met au travail « parfois deux dessins à suite dans le même jour »- l’image, en fait, est déjà là « accomplie dans l’invisible », sa main n’a plus qu’à suivre ce qui lui est imposé. « Ca vient très facilement, sans poser de questions, c’est très drôle. Je ne peux pas contrarier les dessins, ni les titres, ils doivent tellement être ce qu’ils sont, ils ont comme une vie autonome ».
    Comprend-elle pour autant ce que sa main a tracé ? Comme un rêve complexe, difficile à déchiffrer au réveil, les images de Marilena sont pour elle-même une énigme qu’elle accueille sans la juger : « Moi-même je ne suis pas en mesure d’expliquer. Tout ce que je sais, c’est que ça sort comme ça, et je ne discute pas. Le mystérieux, pour moi, c’est toujours positif. Si le mystère n’existait pas, la vie serait monotone et il serait inutile de la continuer. » Obsessionnels, flottant parmi les fluides et les effluves autour des corps reliés par d’étranges cordons, quelque thèmes et symboles reviennent en variantes, décrivant surtout l’univers de la femme, son corps, ses organes, ses accessoires. »
    Laurent Danchin Extraits de la préface du livre : Marilena Pelosi Galerie Objet trouvé