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    L’Art Aborigène a ses racines dans le Dreaming-Time, le Temps du Rêve. Ce terme ne renvoie pas à l’univers des songes, mais à un passé mythologique de création du monde. Le Dreaming raconte la genèse, l’époque où les dieux ont fait leur apparition sur une terre encore amorphe. Sous des formes diverses –  humaines, animales ou végétales -, ces êtres mythologiques ont parcouru le monde et l’ont façonné, lui conférant sa forme actuelle. Leurs aventures sont narrées dans une multitude d’histoires qui s’entrecroisent pour expliquer, qui une forme géologique, qui une vertu particulière, pour décrire un exploit, pour expliciter une loi. Ces ancêtres créateurs ont ainsi indiqué aux hommes la voie de l’humanité. Ils ont  instauré un cadre de lois morales et religieuses régissant la vie quotidienne. Grâce à elles, les peuples aborigènes ont découvert l’essence d’une vie harmonieuse. Les cérémonies, les chants, les danses, la peinture sur le sol, la peau ou  les supports plus pérennes assurent et vivifient la compréhension du monde. La transmission est assurée et se trouve ainsi régénérée.

    L’art occupe de fait une place essentielle dans la culture aborigène.  Il est à la fois source de compréhension, vecteur de liaison entre le passé et le présent…

     Chaque humain, chaque artiste est ainsi dépositaire d’un certain nombre d’histoires qu’il relate dans ses œuvres. Il est passeur de connaissances. Tout au long de sa vie, au fil des initiations et des cérémonies, sa spiritualité se développe. Ses connaissances gagnent en densité. Son patrimoine sacré croît tandis qu’il devient gardien spirituel d’un lieu, d’une histoire, d’une partie du bagage culturel de son peuple. Son langage pictural, dans le même temps, s’enrichit, gagne en profondeur et en intensité. Si tous les Aborigènes sont détenteurs de rêves, si chacun a sa part du message humain à transmettre, la puissance créatrice s’exprime diversement et inégalement.

    Comme dans toutes les cultures, les grands artistes ont su trouver une voie propre. Leur génie réside précisément dans la forme qu’emprunte leur langage pictural, dans la qualité, la force et  l’originalité de leur restitution. L’œil occidental, si peu préparé à cette rencontre, apprivoise avec bonheur un ensemble de codes, de signes que peu à peu il décrypte… J’ajouterais pour finir qu’il me semble que l’acte créateur de tous ces artistes va bien au delà des œuvres produites. Il s’adresse aux Autres, aux non-Aborigènes, à nous. Il transmet un message intemporel d’humanité, de diversité et d’universalité. Il est ouverture d’esprit, recherche de l’altérité,  main tendue entre les civilisations. Passé d’un intérêt confidentiel à une reconnaissance internationale, il a pleinement trouvé sa place au musée du Quai Branly, comme art premier et art vivant. Il vit dans les collections et les galeries privées. Il a trouvé à Pont-Aven, en la personne de Marc Yvonnou un défenseur passionné et exigeant. Les peintures expressives et troublantes, que l’on peut découvrir à la galerie « Le temps du Rêve » véhiculent un message d’espoir parce que plus que tout autre, l’art aborigène est  lieu d’émotion, de sens et d’évidence.

Extraits d’un texte de Yolande Vivaldi-Hautefeuille écrit en  Mai 2007, il figure sur le site de la Galerie : le Temps du Rêve
   
    Le premier artiste était peut-être un Aborigène d’Australie. En effet, les dernières estimations font remonter l’art aborigène à plus de 50 000 ans. Et depuis, les Aborigènes n’ont cessé de peindre les mêmes motifs sur le sable, sur les corps, sur les objets sacrés, sur les parois rocheuses pour maintenir le lien qu’ils entretiennent avec le « Rêve », la dimension sacrée. Car cet art s’enracine dans la pensée sacrée et magique.

    Des changements importants sont intervenus en quelques années mais aujourd’hui encore, même si les supports ont changé, seul l’initié a le droit de peindre. Et ces représentations picturales évoquent toujours le Rêve et les épisodes du Temps du Rêve, époque mythique où les Ancêtres façonnèrent le paysage et créèrent la vie en traversant l’Australie. Chaque œuvre  raconte une histoire en relation avec le Rêve de l’artiste… Peindre devient aussi un moyen de résistance face à la menace d’extinction de la culture.

    L’art aborigène est d’autant plus complexe qu’une multitude de sens rend difficile sa lecture. Ce qui semble abstrait du premier coup d’œil ne l’est souvent pas. C’est le plus souvent une lecture symbolique qui nous est proposée, la transposition des voyages des Ancêtres au Temps du Rêve… De plus, l’interprétation d’une toile ne peut être comprise que d’un initié mais les motifs eux-mêmes ne seront pas les mêmes selon le degré d’initiation, de connaissance et de compréhension, de l’artiste.

    La divulgation des motifs sacrés est également une source de problèmes. C’est qu’il y a un réel danger à peindre une version secrète. Tout d’abord celui qui a divulgué ces motifs peut être mis à mort ou puni de façon violente. Mais surtout certains initiés pensent que ces motifs pourraient avoir une action sur ceux qui seraient amenés à les voir, c’est-à-dire qu’ils pourraient tomber malade ou même mourir ; de même les gens qui voient ces peintures peuvent s’approprier les connaissances qui sont ainsi dévoilées et avoir une action sur les détenteurs des droits, sur ces motifs et sur les sites dont il est question. Les peintures sont des objets de pouvoirs, de savoirs et transmettent la mémoire.

    Du fait même du caractère secret et sacré de cet art, on ne peut obtenir qu’une explication partielle des œuvres qui rend plus difficile la compréhension des peintures. Beaucoup de gens semblent troublés à l’idée qu’une peinture « sacrée » puisse être vendue, ou encore qu’elle puisse être peinte à l’acrylique et non uniquement avec des pigments ou des liants naturels.

    Les initiés savent mieux que nous ce qui convient de faire et ne pas faire et les occidentaux ont trop tendance à juger avec leur propre mode de pensée et leur valeur.

 Extraits d’un texte de Marc Yvonnou, directeur et fondateur de la Galerie du Temps du Rêve.

    L’art aborigène a été un merveilleux moyen de faire connaître leur culture; il a profondément modifié la perception qu’on se faisait des Aborigènes non seulement en Australie mais dans le reste du monde aussi.

    Dans les années 1950, 1960, des groupes ethniques différents, parfois rivaux, ont été déplacés de force, sédentarisés, coupés de leurs terres ancestrales et donc de leurs sites sacrés. On les a confrontés à un monde dont les valeurs sont à l’opposé des leurs, aux préjugés, ou tout simplement à des maladies pour lesquelles ils ne possèdent pas de défenses.

    Ainsi en 1984, un groupe de huit Pintupi arriva dans une communauté de l’Ouest du désert. Ils n’avaient encore jamais vu d’hommes blancs. C’est le dernier groupe de nomades à se sédentariser

    Pendant longtemps on a nié aux Aborigènes la possibilité même de produire une œuvre d’art. La société aborigène sera longtemps considérée comme la plus primitive. Un cas cité par Howard Murphy reste célèbre : en 1837, découvrant dans le Kimberley les impressionnantes peintures des Esprits Wandjina, Sir George Grey les attribue à des mains non aborigènes !!

    Belle revanche aujourd’hui quant les musées australiens organisent de grandes expositions personnelles à des artistes.

    Bien sûr, ils peignent aussi pour l’argent. Le taux de chômage pouvant atteindre les 90 % dans les communautés, il faut trouver des ressources. Croyez-vous que les artistes occidentaux produisent sans se soucier de l’argent ? Mais cela n’est pas la seule motivation. Certains artistes font une pause longue parfois de plusieurs mois ou années. Et puis on partage l’argent.

    Toutes les personnes ayant des droits sur les motifs peints peuvent demander une part du bénéfice de la vente de la toile mais on ne peut refuser de partager ses biens…tout Aborigène peut ainsi réclamer auprès de  celui qui apporte de l’argent. Ne pas donner, c’est se retrouver isolé dans la communauté. Les peintres connus subissent de grosses pressions de la part de leur entourage. Ce sont autant leurs familles qui poussent les artistes à produire que les galeries. Lors d’un voyage en Octobre 2005, on nous précisait ainsi que Gloria Petyarre faisait vivre 60 personnes.
 
    Même si les peintures aborigènes provenant de « l’Out Back » trouvent toujours leurs inspirations dans le monde du sacré, du Rêve, il ne faut jamais perdre de vue qu’il s’agit aussi d’un mouvement pictural et que les artistes le font évoluer aux travers de leurs propres expériences, de leurs réflexions, de nouvelles techniques  et au travers des influences grandissantes dues aux voyages qu’ils effectuent.

    En France les œuvres aborigènes sont exposées le plus souvent parmi les pièces d’art tribal (ce qui se conçoit parfaitement), pourtant des musées importants préfèrent exposer leurs œuvres aborigènes dans leurs sections consacrées à l’art contemporain. Trop souvent les innovations dans l’art aborigène sont condamnées alors qu’elles montrent toute la force et toute la vigueur de cet art. C’est d’ailleurs souvent les grands leaders spirituels qui sont à l’origine de ces transformations.

     J’entends très souvent dire que l’art aborigène est un phénomène de mode. Ce n’est pas vrai du tout (cela sous entend qu’il serait passager aussi). Robert Hughes, critique et écrivain, dit de l’art aborigène qu’il est « le dernier grand mouvement artistique pictural du XX ème siècle ».

    Extraits d’un texte de Marc Yvonnou, directeur et fondateur de la Galerie du Temps du Rêve.



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