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François CHAUVET
Les années 2010

      Enfant de Saint Hilaire de Chaléons, dans le Pays de Retz (44). François Chauvet est issu d’une famille d’agriculteurs. À la maison pas de livres, mais il aime l’école. Adolescent, il s’imagine écrivain, il s’invente un pseudonyme : Julien Francet. Il est le seul de la famille à aller jusqu’au bac.

Tout de suite après, il commence à enseigner en collège, toutes les matières et entre autres les Arts Plastiques. Il découvre le monde de l’art en cherchant simplement à initier et intéresser les ados qui lui sont confiés. D’abord ce sera l’Art que l’on connait tous un peu comme les Impressionnistes. Plus tard, avec la curiosité qui est la sienne, il découvrira Dubuffet et la porte sera ouverte vers l’art brut. Elle ne se refermera jamais.

Quarante années de création foisonnante. Aujourd’hui, son Hang-art est presque trop petit pour contenir toutes ses œuvres, surtout peintures, surtout couleur, des toiles mais aussi des matériaux bruts, du bois ou tout ce qui lui tombe sous la main. Quand il se promène son œil est toujours en éveil.

Couleurs éclatantes pour ces personnages à longs bras de ses premières années de création, couleurs parfois plus ombragées après.

Une multitude de visages, une foultitude enserre le visiteur qui pénètre dans l’atelier. Où poser les yeux parmi tous ces yeux, ces visages qui nous dévisagent ? Des tribus, des fratries, des solitaires aussi. Quelques visages se touchent. Quelques grandes œuvres abstraites peintes la nuit sont éblouissantes. Rares sont les œuvres torturées. Il y en a quelques-unes. Même les gens un peu tristes sont touchants.

Recevoir simplement l’immense tendresse pour l’humain qui émane de son œuvre. La pudeur de François Chauvet transparait dans toute son œuvre. Mais l’empathie pour l’autre, le différent, le un peu cabossé parfois domine.

Son œuvre nous touche par son immense générosité mais l’artiste lui-même restera toujours très secret. Entièrement disponible à celui qui passe et entièrement tourné vers son intérieur à lui.

Joëlle Flahault, septembre 2014

François Chauvet
      Septembre et son charme : Le temps des bilans, des récoltes... des rencontres. Me voici au  Moulin Roty, à la porte du Hang-Art, invité par son créateur et animateur, François Chauvet. Il m'offre le privilège d'un face à face intime avec - une fois n'est pas coutume - non pas l'aventure des autres, mais la sienne propre.

      Sitôt franchi le seuil du Hang-Art, transformé en atelier pour l’été, me voici happé, submergé par l'univers qui s'offre à mes yeux : une marée infinie de sculptures, de toiles me saute au visage : éparpillés à nos pieds, largués en  éventails sur les tables, épinglés aux cimaises, empilés sur les étagères, adossés par grappes contre les murs, des milliers de visages et de petits corps me dépouillent instantanément de toute politesse apprise... Me voilà brutalement dénudé, dé-civilisé au sens le plus immédiat du terme. Moi qui n'ai rien d'un spécialiste de la création parallèle, et en dépit de mes précédents passages au Hang-Art, je ressens pour la première fois de manière quasiment épidermique la portée d'un langage plastique capable de suggérer l'inexprimable, d'affranchir l'étranger que je suis du poids de son mental ordinaire pour lui montrer le chemin de ses univers enfouis.

     Abandonné bien vite et à bon escient par mon guide dans le ventre fécond de ce chaudron magique, je songe un instant à implorer la gratitude du petit peuple qui me dévisage et que je viens de déranger dans son apesanteur coutumière; je me dis aussi que c'est ainsi qu'il faudrait toujours faire l'approche des œuvres, dans un mutisme et une capacité totale d'émerveillement, la raison en apnée, le cœur en émoi...

     Les amis de François, autrefois, m'avaient dit l'homme modeste, exigeant, diablement efficace... Et je le savais effectivement  fécond; je le découvre prolifique,  aux commandes d'une création protéiforme, faisant son miel du moindre matériau offert par la nature ou l'environnement quotidien pour opérer un détournement perpétuel du sensible. Précisons qu'une gestuelle à la fois rustique et toujours renouvelée sous-tend un pareil langage : travail de petite main, d'artisan, de laboureur. Ici, point de mécanismes savants, point de discours ni de messages subliminaux à démêler, mais des cohortes de petits êtres anonymes, des essaims de visages pâles tout ébahis de leur propre candeur, comme collés à la vitre du Réel afin de questionner nos humanités de passage;  tous nés d'une longue patience, de gestes infiniment recommencés, diversifiés, confrontés, superposés. D'une longue tâche évoquant presque l'exigence et l'intensité d'une mission.

     On pourrait voir là aussi bien l'évocation onirique des collégiens et autres enfants de tous les publics rencontrés par le maître ou l'acteur d'hier, que le surgissement de figures anciennes héritées d'autres vies, d'autres temps, d'autres cultures et comme coagulées en grappes d'archétypes immortels... Ne comptons pas, en tout cas, sur leur géniteur - disert mais non bavard - pour nous fournir les clés de portes sans serrures...      Questionnons-nous plutôt sur le foisonnement si caractéristique de la plupart des langages de la création hors norme. Et, toute logique mise en berne, accueillons avec gratitude la galaxie entière des candides, des rêveurs, des paumés, des goguenards, des hagards, des porteurs de fêlures sans autre normalité que leur appartenance au monde des marges. Sautons dans l'arche, mettons le cap sur l'Imaginaire et retournons aux sources, là où tout, simplement, fait signe.
Guy Bugeau, septembre 2014

François, François, tu as rejoint ce clan illustre qui grave, touche après couche, patiemment la toile pariétale, pétrifie! …

Tes boites à images sont quelquefois remplies de hontes d'autres fois débordantes de strass, leurs exubérances résonnent joyeusement dans nos esprits!...

La nuit venue toutes ces âmes grises nous tourmentent. Ces fantômes dessinent implacablement nos lignes de vies... Ces maux intérieurs nous façonnent...

Soudain, une étincelle jaillit, la foule est en liesse, la fête devient foraine, les oiseaux s'éparpillent, la Joconde nous sourit. Nous ne sommes plus fatigués.

C'est un bain de jouvence, une pause estivale sur une autoroute déserte, une facétie qui lentement s'estompe...

Dans ce maelström infernal tournoient des gueux de la sainte famille, des têtes brûlées, des élucubrateurs fourbes, des pétrisseurs de cerveaux, des mains courantes d'usine et de claviers. Tous semblent crier: sauvez-vous! Sauvez nous! Courage, fuyez !

Délivrez-vous de ces tentations du soir: mélancolie, tristesses obscures, peines crépusculaires, minauderies absurdes!

Que tombe enfin le rideau des vanités! Tombe le masque! Tombe l'arpège des anges!

François, François, tes paupières cillent, elles tracent parfois sur nos rêves des lettres dorées ou encrassées mais déposent toujours sur nos lèvres le goût sucré de la liberté...

Extraits d’un texte de Jean-François BARRAT délivré en septembre 2014


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