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TRAÇOTHÈQUE OÙ, QUAND, COMMENT?

Anne Jebeily
Anne Jebeily


    Née en 1967, vit et travaille près de Toulouse

    « Je dessine depuis toujours dans les cahiers de textes et sur les papiers volants de mon enfance. Mon père faisait de la photo, et j’ai été bercée par les images noires et blanches des portraits superbes qu’il réalisait et que nous développions le dimanche. Mon oncle peintre aussi a été une source d’admiration. Les livres aussi ont été une nourriture pour ma peinture, Tournier, Kundera, Mircéa Eliade, les contes du monde entier, la mythologie, tout me venait et donnait du sens à ce que je voyais.

    Mon père est né à Alexandrie, d'une mère Grecque et d'un père Libanais, C'était une période où on ne parlait pas de là-bas… Alors je l’ai imaginé, mes ancêtres s'appelaient Achille, Athéna, Adon, d'autres n'avaient pas de nom, mais des profils, des corps, des décors.

    Ma mère est née dans le nord de l'Aveyron. De mon enfance dans la maison incroyable de ma grand-mère, je garde des souvenirs de forêts, de rivière, de champignon, de tapis aux motifs anciens, de grandes reproductions de peintres aux murs, des souvenirs de voyages au Sahara d'un oncle, d'un piano que j'ai martelé méthodiquement pendant des jours, du chien naturalisé qui était transformé en tapis dans ma chambre, du paravent au tissu graphique des années 50, de la baignoire aux pattes de tigre, des tables en granit du jardin, des vieux livres lus avant de savoir lire...

    Jean, Mon frère est mort à 18 ans, j'avais 19 ans. Sa disparition violente a été une coupure entre l'enfance et maintenant. Un pont, un mur, une forêt, un sentier perdu au milieu des rochers. Son absence est devenue présente de manière palpable. Sa mort et son souvenir ont nourri longtemps mon travail. Puis, comme les ruines antiques d'une civilisation disparue, il reste des traces..., et puis, avec l'aide d'une analyse, et des ans passés, j'ai déposé la légende familiale dans le grenier et suis venue à traiter le visage, la peinture, le dessin…

    Ensuite est venu le choix et l’engagement. Les Beaux-Arts m’ont fait grandir dans ma façon d’envisager la création, comme une recherche consciente et permanente. Je n’ai jamais arrêté depuis lors, malgré les doutes et les obstacles. C’est inexplicable et nécessaire à ma vie. La création me porte, je la nourris et elle me nourrit en retour.

    Un long entracte cependant, pour élever mes deux enfants, trouver un moyen de payer le loyer et de nourrir les deux ogres. Après avoir été étalagiste, modèle, femme de chambre, agent d'entretien, animatrice dans les écoles, je travaille maintenant dans une ludothèque de maison de Quartier depuis 12 ans pour faire bouillir la marmite. Je n'ai pourtant jamais arrêté. Un ralentissement, un demi-sommeil.

    Depuis 5 ans cependant, et surtout depuis l'an dernier, les expositions et projets pointent leur nez. Je suis venue à la peinture après les Beaux-Arts. Auparavant je mettais en scène de petits personnages, têtes en terre crue. La nécessité de créer et le manque de place m’ont amené à la toile. La toile comme une scène de théâtre. Une peinture en appelle une autre, les émotions, un événement, ma vie, un artiste, tout m’inspire. Mon atelier est dans ma tête, dans un carnet que j’emporte dans mon sac aussi. Je ne passe pas une heure sans penser à la toile en cours que j’ai laissé à la maison et qui m’attend. »

Extraits d’un texte écrit en 2016 pour le Hang-Art

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