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Sophie HERNIOU
Sophie HERNIOU

 
        
   
    Née en 1971, Guéméné-Penfao, 44


    « Après avoir tué mes parents et fait ma vie , à 30 ans il a bien fallu me retourner et admettre que mes sculptures découlaient d'une enfance baignée dans le carnaval de Nantes appelé « La mi-carême » : un rendez-vous annuel et printanier qui ouvrait au renouveau… Pendant que mon père, tambour major, ouvrait le cortège de musiciens, je me délectais de voir défiler ces « grosses têtes » juchées sur des petits corps déambulant devant des chars chargés de scènes burlesques, caricaturales et hautes en couleur. Un monde surdimensionné, entre rêve et cauchemar qui me marqua à vie ! Je travaille à créer un univers de personnages généreux dont l'apparence et la mise en scène semblent humoristiques avec la volonté d'émettre une deuxième lecture qui se révèle plus sombre… »
 Sophie Herniou, signature hs comme hors service, heures sup, hors sujet…


    Les inquiétants bonheurs de Sophie-la-sage et Sophie-la-folle. Je sais presque tout d'elle, et par exemple je puis affirmer qu'elle porte des lunettes et qu'elle a au moins un œil bleu, l'autre aussi vraisemblablement. Elle a édifié (par la sculpture, le bas-relief, la couture, la peinture, le modelage peint) un univers singulier et farfelu qui appartient tout à la fois au cartoon, à l'art revisité du totem, à la caricature, à la poésie, au conte et à la philosophie (avec et sans entonnoir). Dans son monde de gloutons invétérés, l'arroseur est arrosé et le prédateur est aussi la proie. Il y a de la fabuliste en elle, une grande hérétique aussi qui rejoue les scénarios selon ses humeurs et qui place par exemple le chaperon rouge sur le dos du loup, comme une rouge amazone en herbe. Il y a une certaine veine surréaliste en elle, et, par instants, du Kafka. Oui, car ce qu'elle donne à voir est plus complexe, plus ambigu (pas d'art sans ambiguïté), plus déconcertant qu'on le pense au premier abord. Et son art de la dérision est à la fois drôle et inquiétant (car il y a des gens qui hurlent, là-dedans, des êtres coincés, pris dans un engrenage terrible), son art clownesque flirte parfois avec le tragique, ses personnages difformes touchent quelquefois à une grâce poétique, son petit manège enchanté tourne parfois au désenchantement, le risible et le terrible sont parfois à peine séparés d'un ourlet, le rêve et le cauchemar se donnent la main. C'est ludique et dérangeant tout à la fois. La présumée candeur distribue quelques jolies et salutaires gifles. Ne fait-on que rire au spectacle de l'homme qui frit dans la poêle ? Est-ce que l'image n'engendre pas une sorte de vertige de l'esprit (et du corps) ? Les humains ont ici davantage des ailes de mouche que des ailes d'ange. A l'arrière des bouches où ils engouffrent voracement les victuailles, c'est le vide, le trou béant. Perrault et Marco Ferreri ! Nous fait-il seulement rire celui qui, grésillant dans la lèche-frite, semble retrousser sa peau pour voir ce qui se passe au-dedans de lui ? Et ce blasphématoire et désopilant Sébastien martyr piqueté d'amuse-gueule, seulement farce ? Oui, on rit avec Sophie, oui, on grince des dents avec elle et on se dit que c'est à un drôle de carnaval qu'elle nous convie. Moi, c'est un clown que je respecte parce que je lui trouve de grandes dents. Quelque chose est peut-être embusqué sous la bonhomie ! Et je me dis que le jour où j'ai découvert cette œuvre, je n'ai réellement pas perdu mon temps. 

Extrait d'un texte de Denis-Louis COLAUX


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