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Giraud
Jean-Luc Giraud.

      « Je suis né le 2 mai 1945 à Saint-Etienne, vers 13h30. Il neigeait à gros flocons, ce qui était assez inhabituel pour la saison. De plus, toutes les cloches de la ville sonnaient à l’unisson. Ma mère en fut confortée dans sa prémonition qu’elle allait mettre au monde un grand artiste. (En fait, ces carillons célébraient surtout la prise de Berlin par les alliés, mais bon…)

    Je ne me suis pas fait prier quand, à mon adolescence, elle m’a incité à passer le concours d’entrée des Beaux-arts : mes résultats scolaires étaient catastrophiques. D’autre part, mes vocations successives se rejoignaient dans leurs farfelus (ailier gauche à l’AS Saint-Etienne, puis nouvel Aznavour, puis disciple de Charles de Foucault, puis…)
J’ai ainsi presque malgré moi poursuivi de longues et valeureuses études artistiques, d’abord aux Beaux-arts de Saint-Etienne puis aux Beaux-Arts de Paris, pour finir en beauté à l’académie Royale de Copenhague. Je suis plus tard devenu logiquement professeur des Beaux-arts, à la grande satisfaction de ma mère. J’ai ensuite enseigné à l’Ecole d’Architecture de Nantes jusqu'en 2010.
Depuis très longtemps, mon travail artistique s’appuie sur l’utilisation de techniques mixtes, mêlant outils traditionnels (crayon, peinture, etc.) et contemporains (photographie, cinéma). L’apparition de l’ordinateur et le développement de l’infographie m’ont permis de pousser plus avant une démarche qui relève pour beaucoup du collage. Je prends la plupart du temps mon visage comme unique sujet. »

    Il y a dans la création quelque chose de délirant et d’obsessionnel qui reprend sans cesse la même matière – en la triturant et l’approfondissant sans cesse, jusqu’à sa complète transformation en autre chose, comme le fait la vie elle-même, pour laquelle nous sommes parfois à peine plus que de la pâte à modeler. Une manie frisant l’automatisme, qui malaxe son sujet en explorant un par un tous les plis et replis de la réalité.

    Depuis longtemps Jean-Luc Giraud s’est choisi lui-même comme objet d’étude. C’est son visage, ou plutôt la représentation qu’il a l’habitude de s’en faire, qu’il utilise comme base de ses rêveries et divagations : un stéréotype presque machinal décliné en de multiples variations  illustrant les incertitudes sur ce qu’est l’individualité, le Moi, Soi-même, mais aussi le temps, la folie, la raison,  toutes les métamorphoses de la réalité et, finalement, l’énigme du caractère éphémère de la personne humaine, croissant puis se décomposant comme un sujet naturel.

    En un sens il faut s’aimer beaucoup pour se multiplier ainsi sans vergogne, des années durant, et surtout pour ne pas craindre sa propre image, scrutée jusque dans ses moindres retranchements. Une image intérieure, plus mentale que réelle sans doute, et sans grand rapport avec le reflet croisé dans un miroir, mais avec laquelle le jeu finit par être assez cruel tout de même lorsqu’il donne au bout du compte sa vraie dimension : celle d’un exercice terrible de lucidité, atténué par une touche de clownerie et de grotesque pour effacer toute trace de complaisance ou de narcissisme.
    Parce qu’il appartient à la génération qui a vu la naissance de la culture numérique et du multimédia, Jean-Luc Giraud passe aisément d’un support à un autre et mêle aller et retour tous les modes de traitement de l’image, fixes et mobiles, traditionnels et contemporains. Au dessin, à la photo, à la peinture s’ajoutent à présent le travail de l’ordinateur, du scanner et de l’imprimante et l’on ne distingue plus, dans ces apparitions souvent crépusculaires, sinon nocturnes, ce qui est dessin original, photo peinte ou tirage retravaillé. Récemment, pour parfaire sa galerie d’autoportraits, et donner à ses images savantes une aura traditionnelle renouant avec le passé lointain de la peinture, Giraud s’est pris de passion pour les vieux cadres. Un besoin sans doute de faire la suture avec les époques antérieures, plus sensibles, dont nous a séparés brutalement la cassure de la modernité, mais aussi d’enfermer solidement les morceaux d’une identité aujourd’hui nomade, éclatée, sans racines, comme dans ces machines de contention utilisées pour endiguer la folie des autistes ou des schizophrènes…

Extraits d’un texte de Laurent DANCHIN pour l’exposition : autoportraits embordurés à la Halle St Pierre en 2006
 Laurent Danchin

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